Piano Sessions
Un peu d'histoire... Il existe 2 piano sessions :
1/ 1982 Piano session 33 minutes
Piano Improvisation (feat Raspberry Beret & Wonderful Ass)
Purple Music (making of)
Il s'agit d'un travail de Prince au piano sur des improvisations enchainées : The Vault parle d'une première ébauches de Little Red Corvette mais je penche plutôt pour Raspberry Beret, le rythme et la structure sont identiques.
Suit la composition de Wonderfull Ass. C'est tout à fait remarquable car on entend clairement Prince chercher ses notes et les trouver, la structure musicale prend forme "en direct". C'est court mais c'est renversant. Prince donne alors un ordre, ce qui nous informe qu'il est en studio. Il réalise quelques variations de gammes (une habitude pour lier deux morceaux au piano, "trick" qu'il utilise régulièrement en live).
La session s'engage alors dans un rythme élaboré, avec des indications de lyrics et quelques autres de rythmes (Prince a l'habitude de chanter la batterie en faisant de la b-Box). Il "répète" à l'évidence un morceau composé récemment, retenant sa main parfois quelques fraction de secondes, comme s'il cherchait ses notes. C'est un vrai bonheur que d'écouter ce passage d'une grande qualité mélodieuse. La fin de l'interprétation voit Prince donner une indication à son ingénieur du son (impossible à retranscrire car il marmonne plus qu'il ne parle) avant de "finaliser" son morceau de 3 notes que nous connaissons bien.
C'est à ce moment là que la session s'emballe, le rythme accélère et nous sentons que Prince prend plaisir à jouer ce morceau. Il doit s'agir également d'une répétition, mais bien plus avancée que le morceau précédent, car Prince donne des indications très précises en b-Box de cymbales et ne produit pas une note approximative. Purple Music prend forme et Prince commence à imaginer les ajouts de rythmes, basses, synthés en les produisant tour à tour avec sa voix.
Vers 4 minutes de jeu, le jeu mélodique s'accentue et prince, tout en conservant le rythme, fait quelques belles envolées avec les phrasés clairs et efficaces dont il a le secret. Une maîtrise du piano impressionnante.
Entre la minute 6 et la minute 10, retour vers un jeu plus monocorde, Prince chante une partie musicale, puis évolue vers quelque chose qui commence à être vocalement plus construit, même si cela reste très rudimentaire et toujours aussi monocorde. Nous assistons en direct à l'élaboration du phrasé de la future ligne mélodique des paroles, et c'est proprement renversant.
A 10m50 Prince commence à trouver les paroles, on entend quelques brides de mots. Il trouve le pitch qui liera les lignes les unes aux autres. Une minute plus tard nous en sommes à "alright" qui évolue rapidement vers "I'm High".
Encore une minute et nous avons des phrases entières, et la consolidation de la litanie "I'm high, so high". A la minute 14 nous avons des phrases entières relativement structurées, même si elles restent de qualité douteuse. On entend clairement Prince déclarer plusieurs fois "don't need no reefer, don't need cocaïne, all I need is fucking in the Rain" avant de se raviser et tenter de remplacer "fucking" par quelque chose d'un peu moins cru.
C'est un véritable privilège que d'entendre Prince composer en direct, nous n'aurons pas la fin de l'histoire, ou plutôt si : Purple Music final version est l'une des chansons inédites les plus emblématiques de Prince.
2/ 1983 Piano Session 36 minutes
17 days
Purple Rain
A case of you
Mary don't you weep
Strange Relationship
International Lover
Wednesday *
Cold Coffee and cocaïne *
Mama *
Il s'agit d'un moment solitaire de Prince qui se lache émotivement au piano alors que le micro est ouvert.
On l'entend d'entrée demander à ce que les lumières soient tamisées : il est en studio.
Le premier morceau répété est 17 days, une chanson probablement écrite et travaillée récemment. La version est structurée et est interprétée comme elle le sera sur le disque rythmiquement et vocalement parlant. Prince donne une indication à l'ingénieur du son sur la hauteur de sa voix, ce qui nous informe sur le but de la session, il joue du piano casque sur les oreilles pour le retour voix pour établir une démo.
Il s'agit peut-être d'un enregistrement préliminaire, une fois la composition terminée, déstinée aux membre de The Revolution afin qu'ils répètent/placent leur partie. Prince a pris très tôt l'habitude de passer des bandes de démos "rough" à ses musiciens afin qu'il y incorporent en toute liberté leurs lignes d'instrument.
Cette manère de faire aura occasionné quelques "embrouilles" célèbres avec ses collaborateurs, à commencer par Andre Cymone. Nous comprenons mieux au travers de cet enregistrement comment Prince peut difficilement concevoir de laisser la paternité d'une ligne dans une chanson qui, tout en restant une rough démo, est si structurée, lyrics inclus, qu'il reste peu de place à d'autres pour justifier d'un crédit. C'est bien entendu discutable, mais il n'en reste pas moins que ce peut être l'une des raisons des nombreuses disputes du début des années 80 que l'on nous a contées.
7 minutes de jeu et Prince ralenti le rythme pour glisser vers Purple Rain.
Il s'agit là sans aucun doute d'une version très ancienne, puisqu'elle propose des alitérations non retenues par la suite. C'est de très courte durée car Prince décide alors d'enchainer sur une de ses chansons favorites de Joni Mitchell "A case of you". Un titre énormément joué live dans les passages qu'il se réserve au piano. Toujours joué très court, ce morceau a enfin été joué et gravé pour l'éternité sur "One Nite Alone" en 2001.
Nous passons à un passage clef de la session. Prince verse dans le blues et choisi d'interpréter une reprise d'Aretha Franklin "Mary Don't you weep". C'est une version résolument poignante qui est interprétée, Prince chante avec ses tripes.
L'enregistrement bascule à la 3ème minute : Prince parle d'un "bad feeling, 'cuz your man is coming home", avant de renifler une première fois, puis une seconde. Manifestement, il est submergé de chagrin.
L'interprétation de Strange Relationship est poignante. Prince continue à chanter tout en sanglotantt, manquant parfois quelques lignes. "You've been gone too long" en dit long sur la tristesse qui l'a envahi à ce moment.
Quoi de plus curatif que de jouer un air de musique quand on est triste. Prince ravale ses larmes une dernière fois et s'engage dans une version cristaline d'International Lover. A la minute 2 on croirait presque que nous allons en variations vers Do Me Baby, mais il n'en est rien, Prince reprend son interprétation en marquant en b-Box quelques intonations rythmiques.
Cette interprétation semble l'avoir consolé. Il commence à jouer une chanson totalement inédite. Il s'agit de Wednesdey et non de "let me tell you what I might do" qui est une ligne de la chanson en question. C'est bien entendu beaucoup trop court. Prince pose une question à l'ingénieur et le son est coupé.
La bande reprend : Prince a résolument repris le dessus et entame un morceau rythmé qu'il intitule d'entrée "Cold Coffee And Cocaïne". Il chante en prenant sa voix "Morris Day" et livre quelques lyrics étonnants : on est passé d'un coup du blues à cette humeur revancharde dont il nous fait état actuellement dans "Fury". "It's the last time..." déclare t'il d'une sélection de choses, entre autre d'aller manger chez elle, qui ne lui sert que du café froid et de la cocaïne. A la 4ème minute il règle carrément ses comptes en imaginant une dispute "Is that my fault baby ?".
Le dernier morceau est une perle.
Mama n'est pas une chanson très élaborée, elle est peut être même composée en direct, Prince retenant sa main un long moment à la 43ème seconde comme s'il cherchait ce qu'il allait jouer par la suite. Il reprend son main theme et improvise un texte : "Mama what's this strange" ... dit-il plusieurs fois en cherchant ses mots : "white butterfly ?" trouve t'il soudain.
Ecoutez la qualité de la voix d'une belle profondeur, c'est un vrai bonheur. Les variations d'octaves sont magnifiques.
Prince cherche ses mots tout au log du morceau, revenant sur cette idée de papillon, continuant à poser des questions à "Mama". L'enregistrement se termine sans que nous en sachions plus sur cette histoire de papillon blanc. C'est fini.

Cette bande a de toute évidence trouvé le chemin de la sortie quand elle n'aurait jamais du. Je reste persuadée que Prince enregistre toutes ses sessions musicales même les plus anodines, tout comme il fait filmer tous ses concerts. C'est un bon truc quand on n'a pas d'idée particulière de composition que de brancher le micro, le piano et allumer la console et juste jouer. J'ai toujours pensé que c'était une chose plutôt courante chez un grand nombre de musiciens.
C'est la raison pour laquelle je pense qu'il n'y a pas eu de but délibéré, dans ces 2 cas, autre que mettre sur bande ses variations. Il s'agit d'une session, certes, mais de répétition.
Cet enregistrement est par ailleurs classé par Per Nielsen dans les "rehearsals".
Prince est "au studio" comme d'autres seraient "au bureau", sand doute d'humeur un peu plus morose, en ce jour de 1983. Toujours est-il qu'il est là pour bosser, composer, répéter : en un mot créer. Et c'est là qu'intervient le coté exceptionnel de ce document.
Précision linguistique : la traduction de "mama" ne saurait être "maman", il s'agit un diminutif affectueux courament usité aux USA pour nommer sa petite amie. Voir la magnifique chanson de Genesis du même nom par exemple.
Un conseil : évitez d'écouter cet enregistrement quand vous avez le bourdon.
Bien entendu on ne peut vivre un jour de plus sur terre sans avoir entendu ces 2 sessions, raisons pour laquelle je vous les balance (et oui c'est la fête)...
La version mp3 n'est que @ 128 K, c'est tout ce que j'ai en boutique, désolée ! Par contee j'ai réussi à trouver un version lossless (.flac) :
mp3 : http://www.megaupload.com/?d=6MVLOHHI
version .flac part 1 : http://www.megaupload.com/?d=9646PMUX
version .flac part 2 : http://www.megaupload.com/?d=31NAACIZ
Bonne écoute !
peace & B wild - bhanlarouge
p.s. : profitez de votre passage pour admirer le boulot de dingue que je fais dans la marge de droite... Vos commentaires seront appréciés.