Vous en rêviez, Bikini Film l'a fait.
Sur leur
site ils ont posté (pendant 48h) des versions Quicktime en 16/9 des 2 videos que Phil Griffin, a réalisé pour
Prince.
Au visionnage, surprise, le clip de
Somewhere Here On Earth comporte des scènes inédites.
En fait il s'agit tout simplement de la version album. Incluant la partie piano.
On pourra néanmoins regretter ce compressage en 16/9 d'une image qui n'a jamais été que du 4/3. Vous vous en rendrez facilement compte (c'est la première chose qui m'a frappé) en comparant cette
vidéo avec la version courte, c'est flagrant : l'image est tassée (et du coup les visages écrasés).
J'en connais une qui ne va plus se sentir de joie. Et qui va devoir plancher, maintenant qu'elle a le film complet, sur la version 3.0 de son article !
* * *
Suite au retrait de la vidéo (et celle de
Chelsea Rodgers par la même occasion) du site de Bikini, et de la réflection d'un internaute, j'ai rédigé ceci :
Pas étonnant que
Prince ait fait retirer ses vidéos, vu les reports qui ont fleuri sur tous les sites webs et autre forums princiers de la planète. Il n'y a qu'à se brancher
quotidiennement sur Housequake pour prendre la température de la princitude.
Nous savons pertinemment que le Websheriff rôde (encore) dans ce forum.
"
C'était trop facile" doivent-il se dire ce soir...
Oui, avec
Prince il faut être rapide, tous les jours sur le qui-vive.
Ceci dit on est en droit de se demander si ce n'est pas un fait exprès. Ce genre d'aventure me rappelle furieusement celle du "
Black Album" : j'avance masqué. Découvert, je retire le
tout.
Depuis combien de temps dormait-elle, cette vidéo sur le site de Bikini ? Quel est le laps de temps entre la parution de cette version inédite et la découverte "
fortuite" par un fan ?
Bikini peut-il légalement publier une vidéo
online sans l'accord explicite du client ?
Bikini et/ou le réalisateur du clip n'avaient-ils pas signé un contrat avec l'artiste, qui, fatalement, devait contenir un paragraphe sur les droits de diffusion, forcément restrictifs ?
J'en doute.
Tout ceci, et un certain nombre d'autres indices m'amènent à esquisser ce que pourrait bien être actuellement le plan communication en vogue chez
Prince : le jeu de piste.
C'est gratuit, amusant, et éventuellement permet de recréer sur la toile une composante principale de son image (des années 80) que l'avènement d'un web 2.0 ultra communiquant et ultra interactif
avait quelque peu écorné : le mystère.
Car ne nous méprenons pas, dans les premières heures de la toile, le quidam lambda n'était qu'en mesure de n'être qu'un consommateur "
passif" (et donc tout à fait inoffensif) d'un site
comme le NPGMC.
Prince pouvait régner en maître, nous n'y connaissions rien.
Hors l'apparition des premiers réseaux P2P (Napster et WinMx puis eMule et Kazaa) a dans un premier temps mis en danger le modèle économique de tout site légal de téléchargement de contenu non
protégé par un DRM. C'est par exemple la raison pour laquelle
Prince a cessé de publier des titres gratuitement sur son site (moyennant un abonnement de 100$/an).
A la place il a introduit un catalogue public de vente par titre/album protégé par DRM, tout en rendant accessible la partie privée (streaming audio et vidéo, photos) moyennant un droit d'entrée
symbolique (les 25$/adhésion finançaient aussi la réduction accordée aux adhérents sur le catalogue audio et vidéo à la vente).
Puis l'avènement du web 2.0 (YouTube, les blogs, wikipédia) a définitivement révolutionné nos méthodes de consommation. Dans le même temps, des stratégies de contournement du DRM sont apparues
(FairUse, le Graver/Encoder), ainsi que la démocratisation d'outils OpenSource facilitant l'accès à tout le contenu des sites web y compris le streaming (Firefox et ses multiples add-ons, Total
Recorder).
Tout ceci, et la dernière (r)évolution du partage de fichier rapide entre internautes (le .torrent) peuvent avoir eu définitivement raison de son envie de publication de contenu sur internet,
sous quelque forme que ce soit, puisqu'il n'est non seulement plus en mesure de le "
protéger", mais qu'il prend désormais le risque de se faire systématiquement
piller.
Un postulat impossible pour
Prince, un
control-freak absolu.
A l'aube du web 3.0, les créateurs de contenu d'hier (dont
Prince) n'ont pas su/pu anticiper 3 facteurs essentiels :
1/ l'évolution exponentielle d'internet (ça va/ça change "très/trop vite").
2/ le niveau de connaissance désormais élevé de l'internaute moyen (les 30/40 ans) de son outil de travail et de loisir, après 10 années de surf intensif.
3/ l'avènement d'une génération d'utilisateur nés avec une souris dans la main et par conséquent, ultra informés de tout ce qui se rapporte au web et à l'utilisation d'un ordinateur (création et
publication de contenus complexes et techniques illicites de chargement de contenu comprises).
Les dernières stratégies de diffusion mises en place nous le prouvent - retrait du site NPGMC, et mise en place temporaire du 3121.com, sur-diffusion dans la presse et dans ses concerts de
l'album
Planet Earth (une méthode intéressante pour lui ôter toute valeur commerciale, et limiter son piratage), et choix pour son prochain album de le publier dans un livre -
Prince n'a pas renoncé à communiquer, il recherche actuellement des manières alternatives et éventuellement plus
"safe" de le faire.
Il ne se sent plus obligé de maintenir en permanence un site inactif sur lequel les internautes cliqueraient en vain des semaines durant (que celui qui depuis sa fermeture n'est jamais retourné
sur 3121.com avec un vain espoir lève le doigt) dans l'attente d'un battement de cil.
Pas d'actu ? Pas besoin de site ! C'est d'une logique implacable.
En cela il est d'ailleurs tout à fait précurseur, puisqu'il a déjà compris qu'il doit se détacher de la toile (
a runaway train) afin de ne pas se faire vampiriser par elle. Très
fort.
Ce qui ne veut pas dire, loin de là, qu'il a renoncé à se servir de ce média puissant.
Comment ne pas croire que tout en étant officiellement retiré du web,
Prince ne joue pas à laisser transparaître un certain nombre d'informations, qu'il souhaite faire parvenir à son
public, au travers d'un savant jeu de cache-cache orchestré de main de maître ?
Une méthode éprouvée de communiquer que les plus avertis de ses fans savent parfaitement décoder depuis des années et qui chez
Prince sans être constante est en tout cas récurente
(remember les
backwards messages dans ses disques, et autre
mirror messages sur les pochettes).
Nous avons par exemple récemment pu prendre très rapidement connaissance de
reports détaillés et circonstanciés sur les 2 dernières
ultra private afterparties qui ont eu lieu
chez lui à Los Angeles. L'un a été distillé sur Dr. Funkberry, l'autre le 5 juillet sur un site obscur de MySpace (je n'en ai pas fait mention dans le blog - l'ayant découvert trop tard).
La syntaxe, le timing de parution, tout rappelle les "on y était - on vous raconte" des 3121 reports de l'an dernier. Le site officiel a disparu, mais un contenu quelque peu similaire est tout de
même publié, comme par hasard ? Et si c'en était tout de même un, alors pourquoi se casser la tête à publier un reportage redondant sur son propre site ? Puisque le travail est déjà fait ?
Aussi pourquoi cette chronologie de parution tendance très "
teasing" et super orchestrée de la vidéo SHOE ?
- parution d'un extrait (retirée dès le buzz obtenu) fin 2007.
- livraison de la vidéo officielle début 2008.
- parution de la version inédite 6 mois plus tard (retirée dès qu'un nombre conséquent de fans l'ont récupérée - elle peut désormais circuler gentiment sous le manteau)
Un éditeur de bootlegs n'aurait pas mieux fait.
Tout ceci me parait un peu trop fortuit, et plutôt (trop) bien organisé.
Le websheriff (si c'est lui) réagit-il vraiment avec retardement, un dimanche (!), 48 heures après la bataille, lui qui est capable de faire retirer, dans l'heure, une vidéo illicite de concert
sur YouTube ? N'était-il pas finalement convenu avec Bikini que les 2 vidéos seraient "lâchées" pendant un temps X, à une date Y, définie à l'avance ?
Sans vouloir non plus voir systématiquement la main (diabolique) d'un
Prince manipulateur à chaque publication d'article sur le web, je trouve qu'on est en droit de se poser la question :
plan de communication peu orthodoxe (mais obligatoire si l'on veut continuer de diffuser son œuvre et faire parler de soi) ou manque de contrôle sur un média par nature totalement indomptable et
définitivement incontrôlable ?
Nous devrions, à l'avenir, faire plus attention à la manière dont certaines informations/contenus nous parviennent.
Tout ceci, un jour aura du sens.
Peace. BLR